L’Expresso (Edito)

La constitution française proclame : « La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme ».

La parité en France repose sur plusieurs dates clés. Le droit de vote des femmes en 1944, la loi sur l’égalité des salaires en 1983, la création de l’Observatoire de la Parité en 1995, l’abrogation de la loi sur l’interdiction du port du pantalon par les parisiennes en… 2013. Force est de constater que la route est encore longue.

Et à l’UPEC comment ça se passe ? Ce principe est-il respecté ? Dans ce journal nous dressons un bilan  du degré de parité au sein des universités françaises et plus précisément à l’UPEC. Articulé autour de différents axes de réflexion, nous nous pencherons notamment sur le programme européen Gender-time œuvrant pour une meilleure reconnaissance des femmes dans l’univers de la recherche, sur les avis des étudiants  quant à la représentation de l’égalité entre hommes et femmes dans le corps enseignant et des associations qui œuvrent pour le respect de ce principe constitutionnel dans le monde universitaire.

Pour répondre à ces questions, nous avons recueilli les avis des étudiants de l’UPEC et consulté  des spécialistes de la parité comme Colette Guillopé chargée de la mission parité ou encore Laurence Borze présidente de l’association « Femmes et mathématiques ».

Samy

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Sportives de haut niveau : la parité à l’épreuve

Depuis plusieurs années, ils passent leurs journées à taper dans le ballon et à apprendre leurs cours, à courir après la petite balle jaune, le chrono et les résultats. Ce sont les étudiants en STAPS ou en sport études, qui alternent leur vie entre sportif de haut niveau et étudiant dans l’enseignement supérieur.

Nous sommes allés à la rencontre de Moustafa, Ophélie et Jordan, 3 étudiants en STAPS à l’UPEC. Parité respectée? Avantages accordés aux sportifs de haut niveau? Perspectives d’évolution à l’issue des études? Ils nous répondent.

Une parité encore timide

À l’université, la parité hommes/femmes dans le corps enseignant est relativement bien respectée, c’est plutôt chez les étudiants qu’elle reste timide. Jordan, étudiant en licence STAPS, reconnaÏt une certaine inégalité dans les effectifs avec 9 étudiantes contre 21 étudiants dans sa promotion soit, en moyenne, 2 fois plus d’hommes que de femmes.

De plus les rapports entre les professeurs et les étudiantes ne semblent pas toujours faciles. De son coté, Ophélie diplômée en STAPS se désole de la situation « il faut se battre plus que les autres parce que les professeurs privilégient davantage les sportifs de haut niveau, au détriment de la plupart des élèves filles, c’est dommage ». Elle pointe du doigt une réalité peu flatteuse « il vaut mieux être un homme sportif de haut niveau, qu’une femme voulant intégrer une école de Kiné… ».

C’est sur la considération accordée aux sportifs de haut niveau que la question de la parité refait surface.

Des programmes adaptés … à tous

Les avantages sont multiples pour les sportifs de haut niveau : la priorité offerte sur le choix des TD et la flexibilité de leurs emplois du temps par exemple. On peut expliquer cette souplesse par le fait que la conciliation d’une activité sportive et des études supérieures se révèle très difficile, à un âge où certains participent déjà aux grandes compétitions internationales. Jusqu’au point d’en déranger certains, « floués aux vues des commodités accordées, un sentiment d’injustice apparaît dans la promotion », comme nous l’explique Moustafa, étudiant en STAPS à l’université Paris Sud.

Si pour la plupart des étudiants sportifs de haut niveau les études s’achèvent rapidement après les premiers résultats, les premiers sponsors et la première sélection, les femmes ne doivent et ne peuvent pas faire l’impasse sur les études.

La parité sur les salaires entre hommes et femmes, sportifs de haut niveau, restent très flou et les perspectives en sont donc modifiées.

Les yeux tournés vers l’avenir

Le manque de médiatisation et de considération du sport féminin de haut niveau est à la base de lourdes inégalités salariales.

« Les trois quarts des joueuses de l’équipe de France ont fait des études supérieures, ce sont des femmes avec une grande maturité qui ont appris à être actrices de leur vie » confirme Bruno Bini sélectionneur de l’équipe de France féminine de football entre 2007 et 2013. (interview publiée dans La Croix en juin 2011)

À titre de comparaison, le salaire mensuel moyen d’une footballeuse professionnelle se situe entre 800 et 3 000 euros par mois, tandis que chez les hommes on ne compte pas moins de 40 000 euros par mois avec des pointes à 1,2 millions d’euros. Le paradoxe est d’autant plus vertigineux lorsque l’on voit les footballeuses françaises infliger des corrections en match barrage de coupe du monde (14-0 contre la Bulgarie). Le talent est présent, cependant la totalité de ces femmes ont une activité professionnelle pour pouvoir vivre, comme par exemple Sandrine Soubeyrand animatrice périscolaire, ou Élise Bussaglia professeur des écoles.

La question de la parité dans la filière sport étude, ne peut se dissocier de la question de l’égalité des chances et de salaires auxquels peut prétendre un sportif de haut niveau à la fin de son cursus. Ces inégalités conditionnent le parcours scolaire, tandis que les espoirs et plans de carrière semblent moins accessibles pour les unes, davantage pour les autres.

 

Samy

Parité à l’université : chimère ou réalité ?

Un bâtiment massif, une façade imposante, un lieu dédié à la connaissance et à l’apprentissage. Voici l’endroit où vous ne trouverez pas de femmes. Sur les bancs des universités, les étudiantes sont minoritaires dans les filières les plus prestigieuses et pourvoyeuses d’emplois. Parmi les enseignants aussi les représentantes féminines sont bien rares. Et qui a le pouvoir à la tête des universités ? Les hommes encore et toujours. Panorama de la situation dans les universités Françaises et position de l’UPEC sur la question.

Parité et université ? Deux termes qui ne riment pas forcément ! Aujourd’hui, les femmes sont encore et toujours tenues éloignées du monde de l’enseignement supérieur. Pour contrer cette situation, l’État monte au créneau. La charte pour l’égalité entre les femmes et les hommes a été signée le 28 janvier 2013 par 300 établissements d’enseignement supérieur. Une charte ambitieuse qui décline sur une douzaine de pages 40 mesures pour lutter contre le sexisme et les discriminations. Elle s’inscrit dans une politique plus large en faveur de la parité. Les chefs de file : Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du Gouvernement et ministre des droits des Femmes et Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Parmi les actions mises en place que l’on note : nomination de chargé(e)s de mission égalité hommes-femmes dans tous les établissements d’enseignement supérieur, soutien aux études de genre ou encore intégration de modules de formations obligatoires relatifs à la déconstruction des stéréotypes de genre dans la formation des personnels d’enseignement et d’orientation.

La signature de cette charte change la donne : Les universités n’ont pas d’autre choix que de l’appliquer. Mais qu’en est-il de l’UPEC ? Si elle a nommé une chargée de mission parité, ce n’est pas le seul établissement à avoir pris cette mesure. On observe des créations de postes similaires à l’Université paris-Diderot, à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, à l’Université Lyon 1 ou encore à Bordeaux 3.

On comprend alors que l’UPEC ne fait pas figure d’exception parmi les universités en France.

Certaines universités vont encore plus loin. C’est la mission du pôle égalité de l’université Diderot. Depuis 2010, ce service dédié à l’égalité homme/femme promeut la parité. Il a pour but d’asseoir l’égalité femmes /hommes au cœur de l’Université pour tous les acteurs, personnels et étudiantes. Ce pôle dispose d’un budget annuel de 65 000 euros.

Dans ce cadre, tous les étudiants inscrits en première année à l’université Paris Diderot (excepté les étudiants en médecine) suivent une formation de trois heures sur l’égalité hommes/femmes. Les inégalités et leurs sources, comme l’influence de l’environnement ou la socialisation différenciée selon le sexe, sont alors passées au crible.2

Et si la formation était la clé pour garantir un monde du travail plus égalitaire ? Car les étudiants d’aujourd’hui sont les professionnels de demain.

1 source : site du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

2 source : Le Monde.fr                                                                                                               

Myrtille

Un petit pas pour la femme, un grand pour l’université : Entrevue avec C.Guillopé

18h00, Université de Créteil. Au bout du couloir, la salle 001. Une poignée d’élèves la quitte, parmi eux, une seule fille. Nous y entrons. Les équations sur le tableau plantent le décor. Assise à son bureau, Colette Guillopé, la cinquantaine, les cheveux courts et des petites lunettes nous invite à nous asseoir. Entrevue avec une femme à la fois mathématicienne, engagée et chargée de mission parité pour l’UPEC.

« J’ai pu faire de longues études dans un contexte extrêmement favorable »

Colette Guillopé a étudié les mathématiques dans les années 60. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, elle a bénéficié  en tant que femme d’un  contexte « extrêmement favorable » lors de ses études. Étudiante en école supérieure, elle a  évolué dans un environnement exclusivement féminin. A cette époque, la problématique de la parité était existante mais différente. Les jeunes femmes n’avaient pas de difficultés à intégrer les filières scientifiques, mais elles étaient confrontées à des problèmes de reconnaissance et de valorisation de leurs travaux. En 1974, Collette Guillopé se souvient d’un séminaire à l’université Paris 6 où elle étudiait la question des femmes et des mathématiques. En 1984, les écoles supérieures ont été rendues mixtes. C’est à partir de ce moment-là que la question de la place des femmes dans les filières scientifiques a réellement commencé à se poser.

« Un concours pour les hommes, conçu par des hommes »

Les établissements étant devenus mixtes, l’entrée en école supérieure pour les femmes, au même titre que pour les hommes était conditionnée par l’obtention d’un concours. Si cette condition paraît égalitaire, elle l’est uniquement en théorie pour Colette Guillopé. Elle reproche aux concours d’être favorables aux hommes : « Un concours pour les hommes, conçu par des hommes ». Elle explique que les femmes ont pour habitude de soigner leurs réponses et de ne passer à la question suivante uniquement lorsque la précédente est parfaitement comprise. Alors que les hommes sont plus « brouillons » et passent rapidement d’une question à l’autre sans forcément l’avoir assimilée entièrement.  Toujours selon elle, la notation et la nature des concours où il faut aller de plus en plus vite, favoriserait cette méthode, donc les hommes.

« Les petites filles comme les petits garçons peuvent faire tous les métiers »

Pour Colette Guillopé, le phénomène est surtout sociétal. Elle pointe du doigt les stéréotypes cultivés par la société. Les filles sont conditionnées à « s’occuper des autres, et de la maison » se désole Colette Guillopé. Généralement, « les femmes qui choisissent des filières scientifiques doivent se battre à la fois contre les stéréotypes et souvent leur famille » explique la mathématicienne. « Les petites filles comme les petits garçons peuvent faire tous les métiers, mais si on ne leur apprend pas ça dès l’enfance, il est alors difficile de changer les mentalités » nous confie-t-elle ensuite. Les différences d’éducations faites selon le sexe de l’enfant le formatent quant à son parcours à venir. Selon Colette Guillopé, tout se joue dès le plus jeune âge. Le stéréotype de la rose fillette et du bleu garçon serait donc en cause ?  Les jouets des petits garçons ne sont pas les mêmes que ceux des petites filles, alors faut-il s’étonner que leurs filières soit, elles aussi, différentes?

« Je suis mathématicienne dans un milieu très masculin »

Au long de sa carrière, Colette Guillopé s’est rendue compte de la place minime que prenaient les femmes dans la profession et qu’il fallait peut être essayer de faire évoluer ce phénomène. Elle décide en 1987 de monter l’association « Femmes et Mathématiques » et en 2000  » Femmes et Sciences ». Ces associations ont pour objet d’encourager les femmes à rejoindre des filières scientifiques et de valoriser leurs travaux tout en sensibilisant à la faible féminisation de ces domaines.

« L’important dans un premier temps,  c’est de parler de la parité »

2011. Les présidents des universités françaises se rassemblent. La question de la parité dans les universités est enfin évoquée. Simone Bonnafous, présidente  de l’UPEC à cette période,  nomme Colette Guillopé chargée de mission parité. Une nomination logique pour une femme devenue au fil des années la personne référente sur la question de la parité à l’université de Créteil. En enfilant cette nouvelle casquette, Colette Guillopé a pour mission de rendre les conseils de l’université plus paritaires. Lors des précédentes élections du conseil de l’université en 2012, elle essaye de convaincre les candidats de proposer des listes paritaires.  Forcée de constater l’échec, la chargée de mission parité se console :  » Nous avons incité les gens  à proposer des listes plus paritaires sans les obliger, car la loi ne nous permettait pas de le faire. L’important dans un premier temps c’est de parler de la parité, que les gens prennent conscience du problème ».  Le coup de pouce juridique tant attendu est arrivé le 22 juillet 2013 avec une loi obligeant les listes des candidats aux conseils des universités à êtres paritaire. Une seconde loi oblige ensuite les universités à respecter la parité des professeurs et enseignants chercheurs. Colette Guillopé souligne les efforts du gouvernement en vigueur sur cette question.  Malgré le vide juridique [partiellement] comblé, sa mission reste difficile et ses actions assez rares. Depuis peu, l’université participe à un projet européen sur la parité, « Gender Time ».

Il est certain qu’une révolution est en marche même si, par manque de moyen et de temps,  elle se veut lente et difficile. Remercions Colette Guillopé pour cette entrevue et  rappelons-nous  que ce sont les petits pas qui ont fait les grandes avancées.                          

Maxime

A tour de rôle

Mercredi 23 juin 2085,17h20. L’institutrice réprimande Tom qui est encore en retard pour récupérer le petit Théo. Avec les courses à faire et le ménage de la maison il n’a pas vu le temps passer. Il se tait et baisse la tête. Elle ne peux  pas comprendre de toute façon. Père et fils montent dans la voiture, direction l’hôpital. Tom va aujourd’hui  connaitre le sexe du bébé qu’il porte depuis de longues semaines. Il aurait aimé que sa femme l’accompagne  mais elle est retenue au boulot. Verdict, ce sera une fille.  » Surement une future grande chercheuse ou peut  être même la future présidente » plaisante la gynéco. C’est sa mère qui va être contente, elle qui craignait pour la perpétuation de son nom de famille avec un seul garçon.

19h30, Tom et Théo sont enfin de retour chez eux. Léa, la femme de la maison n’est toujours pas rentrée. Comme à l’accoutumée, c’est super papa qui s’occupe du repas, de la vaisselle, des devoirs du petit, de l’envoyer à la douche et enfin de lui lire un passage de son histoire préférée pour l’endormir. Exténué, il se laisse ensuite tomber sur le canapé et allume la télé. Parmi les  faits divers du JT, la ministre de l’économie mise en inculpation pour le viol d’un homme de chambre dans un hôtel parisien. Il zappe. Sur la 2, un reportage sur les Homen, une poignée d’utopistes qui manifeste nu pour défendre le droit des hommes. Admiratif, il se met à rêver d’émancipation et d’égalité.

20h55. Un bruit de porte le sort de ses rêveries. Sa femme entre en vitesse, accompagné de deux de ses amies. Sans grande  considération, les trois femmes s’installent sur le canapé. Léa retire la télécommande des mains de son mari et zappe sur la 1. C’est la finale de la coupe du monde de foot opposant l’équipe de France à la Tunisie. Les françaises portées par Laura Ziza entrent sur la pelouse sous les yeux de la présidente de la république qui s’est déplacée pour l’événement. « Et dire qu’il y a qu’un seul homme sur le terrain.. » soupire Tom. Les équipes nationales étant officiellement mixtes depuis la loi de 2023, seul un homme avait était retenu. « Le sport c’est un truc de nana, t’as pas une lessive à faire plutôt? Ramène nous des bières au passage! » lui répond sa femme. Vexé, il lui lance un regard noir et se lève. Elle en profite pour lui mettre une main aux fesses sous le regard amusé de ses copines. Tom ouvre le frigo, prend des bières mais monte directement à l’étage. Il s’assoit sur la machine à laver, s’enfile une à une les bières et éclate en sanglot. Il pense à sa condition, à ses rêves brisés et à celui qu’il aurait pu devenir s’il n’avait pas du interrompre ses études pour s’occuper de son fils.

A cet instant  précis, il maudit son arrière grand père, dernier homme président de la république d’avoir fait un demi siècle  plus tôt, de la parité son cheval de bataille.

Maxime